Soigner sa rentrée

« “L’éducation n’est pas une préparation à la vie ; l’éducation est la vie même.” »
— John Dewey

Septembre …

Étourdissant par ses obligations, par cette supplication à se relancer dans cette course passionnée, impétueuse mais délirante de notre siècle, dictée par les exigences de notre époque moderne. Mais peut-on véritablement attribuer ce rythme effréné à un simple conditionnement social, ou bien s’agit-il là d’un phénomène plus profond, enraciné dans l'héritage collectif de l'humanité, dans les vestiges d'un passé immémorial ?

Il est fascinant de constater combien septembre, mois de transition entre la lumière de l’été et les ténèbres de l’automne, se fait l’écho de contradictions inhérentes à notre condition humaine. Il s'agit d'une période où l'effervescence contemporaine, cette agitation caractéristique de la rentrée, entre en dissonance avec l’ordre naturel qui, durant des millénaires, a régi la vie sur Terre. L’homme moderne, dans sa quête insatiable de progrès et de productivité, semble s’être déconnecté des rythmes ancestraux qui autrefois gouvernaient son existence, ignorant peut-être l’harmonie subtile qui régnait entre l’homme et la nature.

Pour nos ancêtres, septembre n’était pas simplement un mois parmi tant d’autres, mais un moment crucial. Une période de préparation où chaque action, chaque décision, portait en elle le poids de la survie future. C’était un temps d’anticipation, où l’on se préparait avec une vigilance quasi instinctive à affronter la rigueur de l’hiver. Cette nécessité de se préparer, de se protéger, a laissé une empreinte indélébile dans notre inconscient collectif.

Septembre, en ce sens, incarne les paradoxes de l’existence humaine : il est à la fois le symbole du renouveau, du recommencement, et celui d'une réminiscence des épreuves passées. Il s'érige en témoin inconscient des bouleversements structurels qui ont marqué notre histoire. La mémoire collective associe septembre à des moments charnières, des événements historiques d'une portée immense : le 1er septembre 1939, qui signa le début de la Seconde Guerre mondiale, ou encore le 11 septembre 2001, qui ébranla notre illusion des grandeurs. Ces moments de rupture, tout comme tant d'autres événements marquants tels que la Révolution mexicaine ou le coup d'État au Chili, viennent alourdir la charge émotionnelle déjà si présente en ce mois.

Ainsi Septembre n’est définitivement pas un mois comme les autres. Il est un espace-temps où se cristallisent les aspirations et les angoisses de l’homme. À chaque rentrée, je ressens cette profonde ambivalence. Portée par mon amour indéfectible pour les nouveaux départs, je note une pointe de désapprobation face à la frénésie qui accompagne souvent cette période. Que penser de cette rentrée qui nous pousser à sortir de nous-mêmes ?

Peut-être est-il temps de regarder Septembre autrement ?

La transformation commence par une prise de conscience simple mais puissante : et si ce mois, au lieu d'être le théâtre de notre précipitation, devenait un moment de répit, un temps pour déployer notre énergie de manière plus sage, en préparation à la rigueur de l'hiver à venir ? En profitant pleinement de ce temps moins lumineux, moins tumultueux, nous pouvons tirer avantage de ses journées grisées pour créer des espaces de ressourcement et d'équilibre. Ainsi, septembre pourrait devenir une véritable oasis, une respiration vitale.

Dans ce cadre, il devient crucial de cultiver un regard optimiste et confiant sur notre capacité à évoluer et à nous transformer. Nous sommes les héritiers d’un monde en perpétuelle mutation, et c’est à nous qu’il revient de prendre ce rôle à cœur. En transmettant à nos enfants l'importance de l'équilibre entre le savoir et l'être, entre l'acquisition de connaissances et le développement intérieur, nous leur offrons les outils pour naviguer dans ce monde changeant avec sagesse. Cette année, 8 750 000 enfants ont franchi les portes de l’école française. Ne sous-estimons pas la portée de ce moment.

Il est facile de se lamenter sur la baisse du niveau scolaire, y voyant le signe d'un malaise profond. Mais est-ce réellement le niveau qui a décliné, ou bien le monde qui a changé, façonnant de nouveaux défis et de nouvelles perspectives ? Il y a un siècle à peine, en 1924, seulement 2 000 000 d'élèves achevaient leur scolarité à 13 ans. Mon grand-père, en 1941, quittait l'école avec, certes, une maîtrise impeccable de l’arithmétique et un patriotisme indéfectible, mais il retournait travailler aux champs pieds-nu, parlant un patois aujourd'hui disparu. Ce souvenir, si proche, nous rappelle combien le monde a changé, et combien il est essentiel d'adapter notre regard à cette évolution.

Rappelez-vous que ce mois, marqué par l'équinoxe d'automne, est un véritable pont entre les saisons : la lumière et l'obscurité se rencontrent, l'action et la contemplation s'équilibrent. Alors que le monde se transforme, septembre est l'instant idéal pour l'observer avec attention, avec amour et en prendre soin. Préparons nous à rassembler notre énergie pour nous offrir l’équilibre.


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Les mystères de l’esprit